Bonjour à vous. Plutôt que de vous raconter plus tard, je vous propose de partager ce que je vis au jour le jour. En gros cette aventure assez extraordinaire a débuté la semaine passée suite
à un parcours Chemin 28. Nous étions environ 60 participants. Le le demain je poste ce message sur le groupe.
Samedi, à l’aubeGroupe Chemin 28
L’appel
Le message posté sur le groupe des participants, au lendemain du parcours. Il suffisait d’y répondre par un cœur.
Lors de notre ronde de départ en écoutant en boucle cette magnifique chanson « Gracias a la Vida » en se regardant, en se serrant dans les bras, nos cœurs n’étaient-ils pas tout brûlants ?
Depuis lors, j’écoute en continu cette chanson et je ne parviens pas à ralentir les battements de mon cœur. Je garde aussi en moi ce moment inattendu de grâces que nous avons vécu à
quelques-uns à l’aube.
Hier dans l’acte 5, je voyais ce cœur qui me donne tant de joie, rayonner en dehors de mon corps, mais je ne voyais pas quoi proposer.
Et ce matin à l’aube, je me suis réveillé avec cette en Vie d’un neuvième projet, le projet Energie Rouge. En écoutant cette chanson, il se dessine et se précise peu à peu.
Si cela résonne aussi en vous, si vous aussi avez le désir de plus de Vie et d’Amour dans nos vies, dans nos entreprises et dans ce monde, si vous sentez l’appel à nous rejoindre, écoutez
cette musique résonner en vous et répondez simplement à ce message par un petit cœur, je vous contacterai. Osons ouvrir nos cœurs ❤️
Philippe
Premier messageGroupe Energie Rouge
Bienvenue dans le groupe
Le message d’accueil adressé à celles et ceux qui ont répondu par un cœur : qui est Philippe, d’où vient le projet, et comment les prochains jours vont se dérouler.
Vous êtes entrés dans ce groupe en répondant à un message WhatsApp par un simple petit cœur. Mais, qu(i)’est-ce qui vous a poussés à faire ce petit geste tout simple ? Vous ne connaissiez
pourtant rien de ce projet Energie Rouge, il vous est inconnu et pourtant vous avez posé cet étonnant acte de foi. Une chose est déjà sûre, votre geste n’est pas le fruit d’une réflexion, d’un
raisonnement, d’une quelconque logique, mais d’une petite flamme, d’une faim, d’une soif, d’un espoir, d’un cri venant du plus profond de votre être, de votre cœur, de votre âme…
Et nous voilà à présent réunis, ensemble, dans ce groupe WhatsApp improbable, dans une petite communauté nouvelle. Un lien invisible nous unit, nous relie, le ressentez-vous ? Que
ressentez-vous au juste en ce moment ? Sentez-vous votre cœur qui bat, le souffle de Vie qui vous anime ? Quels sentiments vous habitent ?
Si je connais assez bien certains d’entre vous, ce n’est pas le cas de la majorité. Peut-être avons-nous échangé quelques mots, un regard ou un sourire. Je ne cesse de balayer du regard la
fiche des participants et je m’arrête sur chaque visage. Je sens alors la Vie battre en moi, je sens que cette Vie nous unit, nous relie. Au fur et à mesure que les battements de mon cœur
s’accélèrent, je ressens une chaleur, une joie profonde, une paix, un bien-être, en un seul mot : l’Amour qui coule de cette source de Vie. Gracias a la Vida.
Pas facile en fait de vous écrire et de mettre en mots ce que je ressens, ce qui m’anime. Je suis ingénieur, pas écrivain. Et, en passant par des mots, j’ai l’impression de perdre
l’essentiel, d’en atténuer la beauté, d’en réduire l’intensité. J’ai l’impression que les mots traduisent assez mal la réalité perçue, qu’ils sont réducteurs et nous conduisent souvent sur de
fausses pistes. Quel dommage.
Avant de marcher plus loin avec vous, ceux qui ne me connaissent pas souhaiteraient peut-être en savoir un peu plus sur moi, bien que je croie que cela n’a finalement pas grande importance.
Peu importe en fait qui je suis, seuls la Vie et l’Amour comptent vraiment.
J’ai eu l’occasion de témoigner à quelques-uns d’entre vous de mon parcours à la fois simple et surprenant. En quelques mots : marié depuis 40 ans, une épouse aimante, cinq merveilleux
enfants, six petits-enfants. Ingénieur et, pendant 22 années, chef d’une entreprise devenue grande, une magnifique aventure humaine. Et puis, ce moment inattendu de bascule. C’était le 2
octobre 2021. J’étais seul. J’ai été comme envahi, terrassé par une présence. Il m’a fallu du temps pour reprendre mes esprits et des jours, des semaines, des mois et des années pour
m’apercevoir à quel point j’avais changé à ce moment-là. Cela s’est traduit notamment par une conversion écologique radicale qui m’a conduit à changer de fonction pour ne plus me consacrer
qu’à la durabilité. Plus fondamentalement encore, ce sentiment étrange de ne plus piloter ma propre existence, mais de me laisser guider…
Depuis ce jour, je vais de surprise en surprise. Et l’histoire se répète sans cesse, je reçois une demande, un embryon de projet dans mon cœur et puis une demande de consentement. J’ai le
choix de dire oui ou non. A chaque fois, j’ai dit oui, sans du tout savoir ce qu’il adviendrait par la suite.
Ce projet Energie Rouge doit être le dixième sur ma liste déjà longue de projets tous aussi « fous » les uns que les autres à nos yeux humains. Comme la plupart des autres, il m’est venu
pendant la nuit, comme un fruit savoureux et inattendu de cette session Chemin 28. C’était la nuit de vendredi à samedi. Le matin, je vous ai écrit ce message sur le groupe pour vous en faire
part, avant que mon « loup noir » ne tente de prendre le dessus. Mon « loup noir » est cette sombre part de moi-même nourrie par mon égoïsme, par mon orgueil et surtout par ma peur, peur du
jugement, de la critique, du rejet.
Ce projet se dessine en moi, mais n’est pas encore tout à fait abouti. Et c’est bien comme cela. Je sais que vous êtes impatients, mais je vais me permettre de vous le faire découvrir
progressivement, comme je l’ai reçu, au jour le jour.
Voici comment je vous propose de procéder. Chaque matin, à l’aube, je mettrai un message, a priori relativement court, sur ce groupe. Je ferai de même chaque jour pendant environ 10 jours. Le
projet Energie Rouge se dessinera alors peu à peu, à petites touches. Mettez de côté votre cerveau, assez inutile en ces circonstances, pour le recevoir avec le cœur. Merci de laisser resonner
ces messages en vous (oups, surtout pas raisonner) pendant la journée. Merci aussi de ne pas réagir sur le groupe et de goûter au silence.
Après cette période et quelques jours de décantation, vous serez alors invité.e.s à partager vos ressentis, vos émotions, ce qui vient de votre cœur. On verra alors qui souhaite poursuivre et
qui souhaite en rester là. Bien sûr, libre à chacun de quitter le groupe quand il le souhaite, je comprends parfaitement que ce genre d’approche ne parle pas à tou.te.s.
Bonne nouvelle pour toutes celles et ceux qui se tracassaient pour le temps que ce projet pourrait leur prendre : vraiment pas grand-chose. Car, en gros, il n’y aura rien à faire, rien à
organiser, rien à payer, rien à concevoir, rien à penser, comme c’est pourtant si souvent le cas dans le « monde ». Tout le travail va se passer ici, dans nos cœurs. Pour le reste, compter
deux heures par mois et un peu de temps de déplacement.
Ayez confiance. Gracias a la Vida.
Philippe
22 septembre · 7h29Message du matin · Équinoxe d’automne
Gracias a la Vida
Premier message matinal : un état des lieux des crises que nous traversons, et des questions laissées ouvertes pour la journée.
Gracias a la Vida.
Nous sommes aujourd’hui le 22 septembre, il est 7h29. Le soleil se lève à l’instant sur notre pays et sur nos vies. Ce nouveau jour est particulier : c’est l’équinoxe d’automne. Et l’aube est
un si beau moment pour chanter Gracias a la Vida !
Pourtant, au risque d’assombrir cette belle atmosphère, je souhaite revenir brièvement, dans ce premier message matinal, sur les crises que nous traversons et sur leurs effets sur nos vies.
Je ne vous apprendrai sans doute rien, mais un rappel rapide me semble utile à ce stade.
Nous pensons bien sûr d’abord à la crise écologique : dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, pollution généralisée, appauvrissement des sols, raréfaction des ressources...
S’y ajoute une profonde crise sociale et humaine : inégalités indignes, pauvreté persistante, solitude, perte de repères et de sens, fragilisation des liens, mal-être croissant, notamment
chez les jeunes.
Ensuite, la crise géopolitique : conflits armés qui se multiplient ou s’enlisent, rivalités entre grandes puissances, réarmement, remise en cause de certaines coopérations internationales,
endettement croissant.
Viennent enfin la crise démocratique et la crise anthropologique : défiance envers les institutions et les élites, polarisation, désinformation, recul démocratique, essor trop rapide de l’IA,
influence des réseaux sociaux…
C’est beaucoup, beaucoup trop pour notre humanité. D’autant que nous avons le sentiment, bien réel, que tout s’accélère.
Face à ces crises multiples, nous nous sentons impuissants et désorientés. L’avenir paraît bien sombre. Que deviendrons-nous ?
Que pouvons-nous envisager, individuellement ou collectivement ? Chaque proposition, chaque initiative, chaque progrès semble dérisoire face à l’ampleur des drames. À cela s’ajoutent nos
limites, nos faiblesses, nos contradictions et nos ambiguïtés. Aucun de nous n’est irréprochable, et ce constat nourrit un sentiment de culpabilité.
Il n’est donc pas étonnant que tout cela suscite colère, révolte, découragement, abattement, déprime ou épuisement.
Chacun s’interroge alors : comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi n’avons-nous pas agi collectivement à temps et à la hauteur des enjeux ? Quelles pistes de solution restent aujourd’hui
possibles ? Et existe-t-il vraiment des réponses crédibles et efficaces face à ces défis qui humainement nous dépassent ?
Je vous laisse avec ces quelques questions.
Belle journée et à demain ❤️
23 septembre · 7h30Message du matin
What a Wonderful World
Deuxième message matinal : l’autre versant — la gratitude pour les merveilles du quotidien et pour tous ceux dont nous dépendons.
What a Wonderful World !
7h30. Le soleil se lève à nouveau à l’instant sur une nouvelle journée qui nous est offerte.
Je voudrais d’abord vous remercier d’être encore là, à me suivre — du moins, c’est l’impression que j’en ai. Je vous avoue ne pas savoir précisément où nous allons. Je n’ai aucun plan et ne
parviens pas à me projeter au-delà d’une journée. Tant que cela déborde de mon cœur, je vous propose simplement de continuer à marcher ensemble sur ce chemin inattendu…
I see skies of blue, and clouds of white
The bright blessed day, the dark sacred night
Hier, le ciel était d’un bleu limpide. Le soleil s’y est élevé lentement, majestueux et silencieux, nous enveloppant de sa lumière et de sa chaleur. Sans lui, aucune vie sur terre ni énergies
fossiles ou renouvelables. Nous vivons tous grâce à lui, souvent sans en avoir conscience ni lui rendre grâce. Depuis 4,6 milliards d’années, il se lève fidèlement chaque jour, paraissant
indifférent à ce qui se passe ici-bas. Pas une absence, pas une défaillance. Même invisible, caché par les nuages ou lorsque la terre lui tourne le dos, il demeure là. J’ai voulu le regarder
en face, mais la dernière éclipse m’a rappelé combien c’était imprudent : il est trop éblouissant. Étonnante analogie.
What a Wonderful World ! Comme le cri du cœur de quelqu’un qui découvre soudain la beauté du monde qui l’entoure et les merveilles que nous sommes.
C’est aussi une chanson magnifique, ma préférée. J’aime particulièrement l’interprétation d’Eva Cassidy. J’ai même demandé à mon épouse et à mes enfants de la faire entendre lors de mes
funérailles. Lorsque le souffle de vie aura quitté mon corps, j’aimerais vibrer une dernière fois, de là-haut, en communion avec ce monde et avec toutes les personnes présentes, porté par ces
mots simples, par l’amour qui nous relie et par la grâce d’avoir vécu. What a Wonderful World !
I see trees of green, red roses too
I see them bloom, for me and you
And I think to myself : What a Wonderful World
Et nous, parvenons-nous encore à voir ces arbres verts, ces roses rouges ? Ou passons-nous à côté de ces merveilles simples du quotidien, trop absorbés par nos préoccupations ? Il n’est
pourtant pas nécessaire de chercher bien loin.
Hier matin, après mon message matinal, je suis allé chez le dermatologue. Suspicion de cancer. Biopsie. Trois points de suture plus tard, je remercie l’infirmière. Elle me répond : « De rien.
» Je lui dis alors : « De rien ? Mais vous me sauvez peut-être la vie ! » Avec une pointe de malice, elle me réplique : « Attendons d’abord le résultat de la biopsie. » Merci à toutes celles
et ceux qui nous soignent sans même nous connaître. Merci aussi à cet incroyable outil de solidarité qu’est la sécurité sociale.
Hier midi, j’ai mangé du pain, fruit du travail de la nature et des humains. J’essaye alors de prendre conscience de l’incroyable parcours pour que ce pain se trouve devant moi. Tout part
d’un petit grain de blé semé dans la terre. Grâce à l’eau, aux minéraux du sol et à l’énergie du soleil, il germe, devient une plante, produit un épi et, quelques mois plus tard, des dizaines
de nouveaux grains. Récoltés par l’agriculteur, ces grains sont moulus par le meunier : ils deviennent farine. Le boulanger y ajoute de l’eau, du sel et du levain ou de la levure. Commence
alors un autre phénomène extraordinaire : des micro-organismes vivants fermentent la pâte. Puis vient le feu : au four, la pâte gonfle et la croûte se forme. Le pain est ensuite emballé,
commercialisé et arrive finalement dans mon assiette. Merci à cette coopération entre la nature et toutes celles et ceux qui nous nourrissent.
En passant devant une école, j’ai aussi pensé à toutes celles et ceux qui éduquent et transmettent. Merci à eux. Merci tout particulièrement aux enseignants et professeurs qui m’ont formé,
qui m’ont donné de leur temps et le meilleur d’eux-mêmes, sans que j’aie pris la peine — ni osé — leur exprimer ma gratitude.
Merci aussi à toutes les autres personnes : celles qui nous approvisionnent, nous protègent, nous secourent, nous gouvernent, font vivre la collectivité, produisent ce dont nous avons besoin,
créent du lien, du beau et du bon.
Nous nous croyons indépendants, capables de nous suffire à nous-mêmes. Pourtant, nous dépendons totalement les uns des autres. La philosophie africaine de l’Ubuntu l’exprime admirablement : I
am because we are !
Alors oui, les crises sont nombreuses. Oui, les injustices, les inégalités, la pauvreté, la faim, les guerres, les violences, les souffrances, la détresse, les discriminations, l’exclusion,
la solitude, l’isolement, la pollution et le gaspillage sont bien trop présents. Les médias nous le rappellent chaque jour. Mais cette longue liste ne doit pas nous faire oublier l’autre
versant : la beauté des choses, les innombrables merveilles qui nous entourent et que nous ne savons plus toujours percevoir et ressentir.
And I think to myself : What a Wonderful World
Belle journée et à demain.
24 septembre · 7h32Message du matin · Troisième jour
Ode à la Vie
Troisième message matinal : la suite de What a Wonderful World — la Vie comme cadeau reçu, transmis de génération en génération, des ancêtres aux petits-enfants.
Ode à la Vie.
7h32. Nous voici à l’aube du troisième jour.
C’est étrange : j’ai l’impression d’être avec vous depuis bien plus longtemps déjà, dans une communion profonde, une union commune. Cette communauté nouvelle me porte et me transporte. En
réalité, sans rien « faire » d’autre que lire ces messages, y déposer délicatement au pied un petit cœur rouge, ouvrir vos cœurs et vous laisser toucher par la grâce, vous libérez et partagez
déjà cette Energie Rouge. Vous donnez ainsi corps à ce « projet », qui ne nous appartient pas vraiment. Sans vous, sans Chemin 28, sans Ellui, rien n’aurait été lancé.
Chaque nuit, le même scénario se répète. Je me couche tard puis, au milieu de la nuit, je me réveille, le cœur débordant de musiques, de mots, de phrases et d’idées qui surgissent en un flot
impossible à maîtriser. J’essaie d’en retenir le plus possible, mais c’est trop abondant pour ma mémoire, qui n’a plus la fraîcheur de ses jeunes années. Alors je me lève et j’écris.
L’exercice est exigeant. J’ai rédigé bien des textos, des courriels et des rapports dans ma vie, mais ici, il s’agit d’autre chose. Je peine à traduire en mots ce que je discerne dans mon
cœur. Je les choisis faute de mieux, tant ils sont rares, ceux qui expriment vraiment ce que je ressens.
L’aviez-vous remarqué ? Dans le mot « cœur », deux lettres se rapprochent, s’unissent et fusionnent en son centre. C’est beau.
En réalité, hier, je n’avais pas épuisé tout ce que cette chanson What a Wonderful World éveille en moi. Il me reste encore le plus beau, le plus précieux à vous partager.
I hear babies cry, I watch them grow
Nous touchons ici à la plus belle et une des deux plus fascinantes des merveilles présentes en abondance sur notre terre : la Vie. Malgré l’exploration des confins de l’univers, nous n’avons
encore trouvé aucune trace de vie ailleurs que sur notre petit vaisseau spatial perdu dans l’univers, notre maison commune. Ici ou là, certaines conditions favorables à la Vie semblent avoir
existé, ou pourraient peut-être encore exister, mais aucune vie n’a été découverte. Raison de plus pour préserver les conditions qui rendent notre planète habitable : nous n’avons pas de
bateau de secours.
La Vie ! Rien que de l’écrire, j’en ai des frissons tant ce mystère nous habite et nous dépasse.
La Vie est présente sur terre depuis environ quatre milliards d’années, apparue assez tôt après la formation de notre planète, il y a 4,6 milliards d’années. Lors d’une « marche du temps
profond », durant l’édition Chemin 28 de l’an dernier, j’ai découvert que nous avions toutes et tous un ancêtre commun : LUCA (Last Universal Common Ancestor). De cette origine partagée
découle une magnifique nouvelle : nous sommes frères et sœurs les uns des autres, mais aussi, d’une certaine manière, de toutes les formes de vie sur terre — chaque arbre, chaque plante,
chaque animal. La Vie nous relie. Nous appartenons tous à la grande famille du Vivant.
Comment cette Vie est apparue sur terre reste l'une des grandes énigmes de la science. Pour faire très simple, certains considèrent qu'elle pourrait s'expliquer entièrement par les lois de la
matière, de la chimie et par une succession d'événements accidentels, sans aucun chef d’orchestre. D'autres, en revanche, pensent que son apparition ne peut se réduire à cela et y voient
l’expression d'un principe, d'un sens ou d'une transcendance.
La science a réalisé des progrès remarquables dans la compréhension des mécanismes qui ont pu précéder l'apparition de la Vie. Mais, à ce jour, il est pour le moins troublant que, malgré
l'immensité de nos connaissances, la puissance de nos laboratoires et désormais celle de nos intelligences artificielles, nous ne sommes toujours pas capables de reconstituer le chemin complet
qui mène de la matière inerte à une première cellule autonome capable de se reproduire et d'évoluer.
Cette Vie s’est ensuite transmise de proche en proche, à travers une très longue chaîne, jusqu’à chacun de nous. Personne n’a demandé à naître : la Vie nous a été donnée, offerte, reçue comme
un cadeau. Et si je n’ai pas choisi de vivre, je n’ai pas davantage choisi mon époque, mon lieu de naissance ni ma famille d’accueil. Là, force est de constater que l’inégalité est immense.
Si la probabilité que la Vie apparaisse sur terre était déjà infime, celle que chacun de nous existe l’était plus encore. Deux parents, quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents… À
la seizième génération, je comptais déjà 65 536 ancêtres. Il aurait suffi qu’Hélène arrive en retard à la fête du village et ne rencontre jamais Jules pour qu’aucun de leurs descendants
directs ne voie le jour — et que ce cadeau de la Vie ne parvienne jamais jusqu’à moi. C’est vertigineux.
Je pense à vous deux, Maman, Papa. Je porte l’espérance que vous êtes désormais baignés dans un amour infini. Je veux vous redire ici combien je vous aime et vous remercier de m’avoir
toujours aimé, malgré bien des désillusions. Malheureusement, tout le monde n’a pas ma chance. À mes cinq sœurs et frère comme à moi, vous avez transmis non seulement la Vie, mais aussi la Foi
— un autre cadeau d’une valeur inestimable.
Avant vous venait la génération précédente : Mamy, Parrain et Bonne-Maman. Je les retrouve dans mon cœur et les embrasse aussi. Je voudrais ici rendre hommage à celui qui aurait dû être mon
Bon-Papa : Henri Croon. Le 27 mai 1940, veille de la capitulation, il a donné sa vie sur le champ de bataille pour notre liberté, laissant Bonne-Maman veuve et ses quatre enfants orphelins.
J’ai retrouvé une lettre qu’il avait écrite quelques jours avant sa mort, le 12 mai, jour de Pentecôte. Très émouvante, elle s’achève par ces mots : « Ayons confiance et espoir en Celui que
nous avons toujours aimé ».
Mon papa a consacré une grande partie de sa retraite à la recherche de ses ancêtres. Tel un chercheur d’or, il a exploré et remonté de nombreux filons. Son vaste travail de généalogie a ainsi
redonné, d’une certaine manière, vie à beaucoup de personnes tombées dans l’oubli, en retrouvant des noms, des histoires, parfois des visages. Mais, bien sûr, plus on remonte le temps, plus
les traces deviennent floues, jusqu’à se perdre dans l’épaisseur de l’histoire qui nous précède. Dans ce long passé se mêlent tant de joies, mais aussi tant de peines et de souffrances.
Après avoir tourné notre regard vers le passé, portons-le maintenant vers l’avenir.
Mon épouse Suzanne et moi avons eu la chance, la joie, la grâce d’accueillir cinq merveilleux enfants qui nous comblent : François, Cécile, Antoine, Julie et Simon. Je souhaite aussi nommer
Mathilde, décédée dans le ventre de sa maman, mais toujours présente dans nos cœurs. Le verbe « avoir » m’a toujours mis mal à l’aise lorsqu’il s’agit des enfants : il suggère une forme de
possession qui ne correspond pas à cette relation. On possède déjà bien assez de choses ; n’ajoutons pas nos enfants à cette liste. Je préfère dire que nous les avons accueillis, reçus. Je
pense à celles et ceux qui auraient tant voulu en accueillir et n’ont pas pu. Ces mots peuvent raviver leur souffrance, leur tristesse ou leur sentiment d’injustice. Pardon.
La naissance de chacun d’eux compte parmi les moments les plus intenses de ma vie. Pour nous, les papas, la grossesse reste souvent un peu abstraite, presque imaginaire. Mais à la naissance,
lorsque la première rencontre a lieu, l’émotion est immense, bouleversante. Quand on tient ce petit corps dans ses bras, nez à nez, les yeux dans les yeux, on se demande, comme le chante
Nougaro, lequel des deux est le plus étonné. On comprend alors que l’Amour a un poids, une chaleur, une chair ; mais aussi qu’il est fragile, vulnérable et entièrement confié à nos soins.
Ce lien filial durera toujours et à jamais. On peut divorcer, se séparer, mourir même, il demeurera.
Après les enfants viennent les petits-enfants. Et ensuite ? Mystère.
J’ai l’impression que la Vie ressemble à un faisceau de lumière. Il commence déjà à éclairer nos petits-enfants, tandis que nos enfants sont en pleine clarté. Autour de Suzanne et moi, le
soir approche et déjà le jour baisse. Un jour, plus très loin, cette lumière s’éteindra pour nous, et nous rejoindrons alors Maman, Papa, Bonne-Maman, Bon-Papa, Mamy, Parrain, Hélène, Jules et
tous les autres. Puis elle s’éloignera encore, jusqu’à ce que nos existences s’effacent progressivement dans l’oubli de l’histoire. L’amour, lui, ne passera jamais.
Cet enfant que je tiens tout contre moi, que je regarde et dévore des yeux, est la plus belle et la plus grande merveille de l’univers. Une merveille absolue, un miracle. Même la machine
humaine la plus complexe — prenons un Airbus A380 — ne peut lui être comparée. Un avion ne grandit pas, ne s’épanouit pas, ne se répare pas lui-même, ne se reproduit pas et n’aime pas. Et sa
complexité toute relative reste sans commune mesure avec celle d’une seule cellule humaine.
Avec tout le respect pour les nombreuses personnes qui partagent cette conviction, l’idée que cet enfant soit le simple fruit du hasard et du chaos me heurte profondément. Je la ressens comme
une forme d’insulte, un manque de lucidité, une vision désenchantée et sans espérance, peut-être même une part d’orgueil. Pour ma part, je place ailleurs mon espérance.
Pardon de ne plus voir les innombrables merveilles qui nous entourent, par milliards et milliards. Elles sont sans doute trop nombreuses, ta générosité nous dépasse. Pardon pour notre cécité,
notre aveuglement, nos cœurs endurcis, fermés et trop remplis de nous-mêmes.
À toi, la Vie, je chanterai sans fin ma louange.
Belle journée et à demain.